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Originaire de Tripoli, Elias est Lyonnais , depuis dix-huit ans, et Français depuis cinq ans. Avec sa femme Anne-Marie et leurs filles ils ont deux "chez soi" dans leur cÏur : le Liban et Lyon...


Le 19 mars 1992, Elias Bittar a pleuré. De fierté et d'émotion. Pour ce Libanais - docteur en chirurgie dentaire qui a pignon sur rue dans le 6e arrondissement, assistant à la faculté de Lyon - ce jour est marqué d'une pierre blanche : il a enfin, après plusieurs refus, obtenu la nationalité française. "Voter pour la première fois de sa vie à trente-deux ans pour l'élection présidentielle française, ça fait drôle !" déclare ce bi-national dans un grand éclat de rire. Eh oui ! Elias Bittar n'a jamais eu l'occasion de voter dans son pays en guerre, le Liban, qu'il a quitté à dix-sept ans, comme son frère Naïm, aujourd'hui radiologue en Haute-savoie, et ses deux sÏurs qui sont venues elles aussi faire des études supérieures en France.

Elias est originaire de Tripoli, au Nord du Liban. Ses parents, Libanais chrétiens, ont donné une éducation à la fois religieuse et française à leurs enfants : écoles franciscaines, Maristes et lycée français. Devise inculquée par le père : "Je ne vous laisserai pas d'héritage matériel mais un héritage intellectuel. Tant que je peux travailler, je sponsorise vos études." C'est ce qu'il fit.


Pilote de ligne... refoulé.

L'aîné des garçons, Naïm, a voulu apprendre la médecine française à Lyon, ville de renom en la matière. Elias, "obsédé par les avions", voulait être pilote de ligne. Ses yeux lui jouèrent un mauvais tour... Il se rabattit donc comme son frère sur la médecine, mais après une première année de fac au Liban il opta pour "dentaire", un métier "manuel".

Le jeune Elias débarqua donc à Lyon le 22 novembre 1980, jour de l'Indépendance du Liban. Autre jour à marquer d'une pierre blanche. Il avait dix-sept ans. Il s'installa chez son frère à Monplaisir dans un appartement proche des facs. L'accueil fut mitigé. "Pour le Lyonnais, tout le monde est étranger. Ce que je dis là n'est ni méchant ni péjoratif, c'est une simple constatation" note-t-il avec humour. Et il poursuit : "Nous avons sympathisé avec la concierge italienne. Du coup, quand les voisins ont su que nous étions étudiants en médecine, qu'ils ont constaté que nous avions une bonne moralité, ils nous ont adopté... au bout de deux ans !"

La communauté libanaise est importante en Rhône-Alpes. Peut-être trois cents familles. Mais à Lyon, depuis 1982, les Libanais chrétiens sont très soudés grâce à la paroisse qui rassemble des compatriotes de tous bords. "Je tiens à rendre hommage à Monseigneur Decourtray qui fut à l'origine de la création de cette paroisse et l'a confiée à un prêtre libanais de confession maronite" explique Elias. Ce prêtre créa un foyer communautaire où chrétiens et musulmans se retrouvent pour des soirées sociales ou culturelles.

Il y a quatre ans, il rencontra à Lyon une compatriote de Beyrouth, Anne-Marie, qui terminait ses études de styliste et s'apprétait à repartir au Liban. Ils se marièrent et ont déjà deux adorables petites filles, Mélanie et Laetitia. "Dans mon cabinet professionnel, je suis purement Lyonnais, raconte Elias. Mais dès que je rentre chez moi, je redeviens le petit Libanais très attaché à ses origines. Je veux que mes enfants parlent la langue de notre pays. Dans la journée, ma femme parle français avec Mélanie, quand je rentre le soir j'essaie de lui parler en Libanais."

Après dix-huit ans passés à Lyon, alors que le Liban se reconstruit, où Elias voit-il son avenir ? "Pour moi, il y a seulement deux lieux de vie qui comptent : le Liban et Lyon. Je souhaite de tout cÏur rentrer dans mon pays, mais je me dis aussi que l'on est bien dans notre chez soi lyonnais..."

 





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