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Jeune agrégé de Lettres, Edouard Herriot est arrivé à Lyon en octobre 1895 pour occuper au lycée Ampère son premier poste de professeur de rhétorique. Elu maire de Lyon dix ans plus tard, il resta premier magistrat de la capitale des Gaules jusqu'à sa mort en 1957, il y a tout juste quarante ans.

Lorsque j'arrivai à Lyon pour la rentrée d'octobre, je n'avais jamais vu cette ville où j'allais fixer ma destinée. Je m'y étais arrêté une nuit, en allant prendre mon préceptorat sur les bords du lac de Genève. C'était peu de temps après l'assassinat du président Carnot. Dans les cafés de nuit, les rôdeurs cherchaient à vendre des objets volés au Café Casati. Avant de prendre le train du matin, j'allai, sous les platanes du quai, saluer le vieux Rhône dont mon père me parlait avec tant de respect.

Lyon, nul ne l'a mieux jugé que Michelet dans cette oeuvre trop peu connue, Le Banquet. Pour lui, cette cité a un pouvoir de fascination plus puissant que celui de Rome ou de Paris : "Ville bien secondaire, en comparaison de ces capitales de l'histoire, ville de monuments médiocres, ville presque partout noire et sombre, vaste atelier où le travail scindé, isolé, n'a rien du grandiose des Babylone industrielles du Nord." Ville triste, elle séduit l'historien par l'opposition de ses deux rocs, "révélateurs de sa guerre intérieure".

Michelet gravit les âpres montées de la Grand'Côte où les escaliers noirs ont l'air de monter vers les nuées ; il s'initie "aux mystères du travail, à ce laborieux effort de tant d'arts combinés qui, des mains maigres d'un peuple sans air et sans soleil, fait fleurir pour toute la terre l'incomparable iris de fleurs qu'on appelle la soierie de Lyon". Il s'accoude à la balustrade du plus haut sommet de Fourvières et, obsédé par le souvenir des Pauvres de Lyon, entend monter vers lui les voix confuses d'une cité concentrée et tragique. Ici, les couvents, là-bas, les ateliers ; ici, le séminaire, là-bas la soupente. Et il imagine le double appel qu'entend le jeune apprenti, venu de la Bresse ou de la Savoie. "Viens à moi, lui dit Fourvières ; viens au foyer du passé, au sanctuaire de Blandine." "Je t'offre, répond la Croix-Rousse, le servage du travail, le pain noir, le risque du chômage."

A la sécurité le jeune homme préfère le combat et la souffrance. Pour ma part, je regarde et j'écoute ; mais il y a dans la ville où j'arrive une gravité d'âme qui me pénètre et, confusément encore, me séduit."




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