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Pour l'écrivain-académicien Emile Henriot (1889-1961) la fin de l'exode s'est appelé Lyon. Arrivé entre Rhône et Saône en octobre 1940, il y resta trois ans. Temps de désespoir et d'espoirs mêlés. Temps suffisant pour être séduit et aimer cette ville à l'abord "rébarbatif". Et devenir un peu lyonnais, malgré lui...
De nouveau, en pensée, me voici, foulant le dur pavé, attendant le tram encombré, le trolleybus ou "la ficelle", contemplant Fourvière dans sa brume, la Croix-Rousse aux maisons tassées comme un jeu de dominos en vrac, dorée d'un rayon, et le long des quais admirables, remettant les pas dans les pas. Il y a des jours, à Lyon, où l'on est du Rhône ; d'autres, de la Saône. Le fleuve mâle, la rivière femelle : l'un, torrent, large puissant, plein de force et de violence, tantôt flave des sables remués, tantôt bleu et comme entraînant avec lui le souvenir des glaciers dont il est né ; l'autre, molle, avec des détours, toujours jaune des terres qu'elle entraîne, et nonchalante comme un lac, avant d'aller rejoindre à la Mulatière, dans son lit, le dieu marin qui l'épousant va l'absorber ! Quels beaux thèmes de rêverie, ces fleuves au travers d'une ville ; cette perpétuelle arrivée et ce départ perpétuel ; cette irruption de la nature au milieu d'une cité de pierre ! Mais surtout, à Lyon, cette abondance d'eau en fait une ville marine, par son air et par sa lumière où elle baigne, entre ses mouettes, ses nuages, ses vapeurs, et quand le soleil joue au travers, les éclaircies, les bleus limpides de son ciel, et le soir, aux feux du couchant, ses folles fantasmagories, dignes d'un Turner, et, mieux, souvent d'un Claude Lorrain. (...) Sous son apparente monochromie et sa patine de fumée, peu soucieux de ravalements et de nettoyages, Lyon est une ville de couleur, où il suffit d'un rayon de soleil, d'un ciel clair, pour faire doucement chanter, dans les tons froids, le crépi ocré ou rosé d'une façade, le brun des toits à tuiles plates, la sépia d'un monument, sous sa coupole d'ardoise bleue ou de plomb terni, la terre d'ombre des traboules, longs couloirs d'une maison à l'autre, où rarement pénètre le jour. Parfois la vieille ville rhodanienne m'a furtivement donné je ne sais quelle impression d'Italie ; et sans doute le plus sûrement par le caractère piranésien de ces obscurs passages..." |
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