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En 1926, Jean Dufourt a écrit "Calixte ou l'introduction à la vie lyonnaise", regard candide sur cette ville qui n'avait - déjà ! - pas toujours très bonne presse à Paris...

Mes amis m'avaient dit : "Pourquoi quitter Paris ? Jamais Parisien ne put vivre à cent lieues de la place de l'Opéra. A Lyon, hélas ! votre sort est certain : vous y dépérirez irrémissiblement de nostalgie. C'est une ville de brouillards et de marchands." Huit mois ont passé depuis mon arrivée. J'ai vu, à la vérité, beaucoup plus de marchands que de brouillards - et je suis fort satisfait et fort bien portant...

J'y débarquai certain matin d'octobre, par un vrai soleil du Midi. Un excellent ami de guerre, Calixte-Marie-Joanny Paterin, gendre et associé de Gaspard Vernon, Tulles et dentelles, était venu m'attendre à la gare. Nous tombâmes dans les bras l'un de l'autre. "Ah ! mon vieux Calixte ! - Ah ! mon cher Philippe !" Je le trouvai peu changé. Son long nez funèbre n'avait rien perdu de son étrange mobilité et ses yeux d'un bleu délavé, de leur expression inquiète et défiante. Son maintien, toujours fort digne, me parut toutefois un peu compassé.

Nous nous étions mis en route pour l'hôtel où il avait eu la complaisance de me retenir une chambre. Nous traversâmes un gracieux petit square coiffé d'un gigantesque monument. Je regardais de tous mes yeux, cherchant à m'instruire. - Quelle est, demandai-je à Calixte, cette plantureuse commère qui caresse la crinière d'un lion ? - La République ! me répondit-il. - Nous sommes donc sur la place de la République ? - Non, mon cher ami, sur la place Carnot. - C'est étrange. Où est donc Carnot ? - Sur la place de la République. - C'est bien déroutant ! m'écriai-je. - Un étranger doit se méfier, me déclara Calixte.

Nous nous engageâmes ensuite dans un dédale de ruelles et de petites places de bien pauvre mine. Et Calixte commença à saluer les passants avec une déférence qui me surprit. C'étaient, il est vrai, des gens fort distingués que je ne m'attendais pas à rencontrer dans un quartier aussi misérable. Je finis par lui demander le nom de ce faubourg où il avait tant de connaissances. A cette question, il eut un haut-le-corps. Il s'arrêta, me considéra d'un air offensé ; puis, devant mon visage sans malice, il se rasséréna.

- Ce n'est pas un faubourg, me répondit-il avec une bienveillance attristée, c'est le quartier Ainay. La meilleure société l'habite, et j'y vis moi-même depuis trente-huit ans. On ne le quitte guère quand on y est né."

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