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L'histoire de l'Hôtel de Ville de Lyon, avec les mots et la vision d'Edouard Herriot...une belle occasion de rendre hommage à celui qui aura passé 52 années de sa vie au sein de la maison de tous les lyonnais. Celui dont le nom jalonnera pour toujours l'histoire de notre cité. Celui qu'en septembre 1940, le gouvernement de Vichy chassera de la mairie.
Le monument que les échevins lyonnais décident, en 1646, de faire construire, après avoir vendu la maison commune de la rue de la Poulaillerie, est né moins des oeuvres du voyer Simon Maupin que d'une pensée de Désargues, de ce grand Lyonnais, Girard Désargues, architecte, ingénieur, mathématicien, une manière de Léonard de Vinci français. (...) Le Consulat s'adressait à lui comme à un bon Lyonnais et à un bon patriote. C'est lui qui traça le dessin du nouvel hôtel commun dont M. l'abbé d'Esnay, truelle d'argent en main, pose la première pierre fondamentale au son des trompettes et tambours. La construction commence. Cette colonne du grand portail, en brèche rouge, sur laquelle j'ai vu afficher le procès-verbal de mon élection, a été tirée d'un rocher voisin de Chambéry. (...) En 1652, le Consulat tient sa première séance dans ces locaux magnifiques, soigneusement distribués. (...) Dans le grenier, les piques, pertuisanes et mousquets; dans une des caves, on tiendra le muscat destiné aux présents d'honneur, car c'est une vieille tradition, pour les échevins lyonnais, d'accompagner leurs sollicitations de quelques offrandes. Les Lyonnais sont des philosophes pratiques. Les écuries donnent sur la cour basse. Il y a aussi, jouxte l'Hôtel de Ville, sur l'emplacement où l'on construira plus tard le Grand-Théâtre, un petit jardin, tout géométrique, tout cartésien, dans le style de la Clélie, avec un rond d'eau peut-être et de menues allées "fort propres à faire rêver doucement". La décoration a été entreprise en même temps que la construction elle-même. Elle est confiée, pour la meilleure part, à Thomas Blanchet qui a reçu, dans Rome, les leçons de Poussin et de Le Brun, et qui sera chargé de décorer la grande salle, le grand escalier, les salons du Consulat et de la Nomination. Blanchet abuse certes de la mythologie et de l'allégorie, suivant le goût du temps. (...) Si l'oeuvre de Blanchet à l'Hôtel de Ville avait subsisté toute entière, elle représenterait, avec l'histoire transfigurée de la cité, un des ensembles les plus importants de l'art français. (...) Extérieur et intérieur, le monument est achevé en 1672, vingt ans après la première installation. L'Hôtel de Ville de Lyon marque une date, -une date charmante, - dans l'histoire de l'architecture française. Il représente le classicisme en sa fleur."
Terrible
incendie, "J'ai souvent rêvé de faire jouer dans la demeure des échevins Les Précieuses ridicules en costume du temps puisque Molière en a emprunté l'idée au Cercle des Femmes du lyonnais Chappuzeau. On donnait des fêtes dès la première installation du Consulat. (...) Par malheur, le bel édifice est en partie détruit par un incendie, en septembre 1674. La vaste composition historique de Blanchet dans la grande salle : Le Temple d'Auguste bâti par les soixante nations gauloises est anéantie. Le peintre doit reprendre, dans la salle de la Nomination ou salle Henri IV, son plafond, allégorique lui aussi, à la gloire de Louis XIV. C'est seulement au début du XVIIIe siècle que Jules-Hardouin Mansart, l'architecte du palais de Versailles et du dôme des Invalides, donne les plans de la reconstruction, surélève le corps central de la façade et le beffroi, surmonte les pavillons latéraux de frontons et de trophées, supprime les combles aigus. J'ai aimé cette maison, riche de tant d'histoire, comme on chérit un être vivant. J'y ai retrouvé les traces de la vie fastueuse du Consulat. En avril 1790, Lyon élit son premier maire, Palerne de Savy. Pendant la Terreur, l'Hôtel commun offre les spectacles les plus tragiques. (...) Le monument a terriblement souffert des bombardements du siège ; il restera délabré jusqu'à l'année 1827 où le Conseil fera restaurer la façade et sculpter une statue équestre de Henri IV. (...) Pendant l'hiver, la neige tombe sur les prisonniers entassés ; chaque jour, peu après midi, on entend lire les jugements de mort au milieu des cris ; on perçoit aussi les coups de la guillotine ; les volets fermés empêchent seuls les futures victimes d'assister au hideux spectacle. A l'entresol, aux petites archives, on groupe des femmes ; aux religieuses on a réservé la chapelle. Le tribunal, où cinq juges seulement ont accepté de siéger, se réunit dans la pièce du Consulat. (...) Le second Empire, lui aussi, a passé par là. Un lampas, qui fut, jadis, bleu de ciel, orne la chambre de l'Impératrice Eugénie. C'est elle, dit on, qui figure la Ville de Lyon dans cette composition qui n'a d'un plafond que le nom. (...) Lorsque je reçus l'écharpe, nombreux étaient ceux qui se rappelaient le conseil municipal de 1870-71 : le maire Hénon ; l'invasion de l'Hôtel de ville par les hommes de Cluseret et de Bakounine ; la mort du commandant Arnaud et la venue de Gambetta à ses obsèques ; l'oeuvre si utile de l'assemblée municipale ; le trouble provoqué par l'armistice du 28 janvier 1871 ; la suppression de la mairie de Lyon en avril 1873 par la réaction de l'Assemblée nationale ; l'admirable protestation de Paris nommant le maire de Lyon, Barodet, député contre le candidat de Thiers, Rémuzat ; et ces longues luttes qui aboutissent, en 1882, avec la loi du 28 mars, à la victoire par laquelle le Conseil municipal obtenait de nouveau le droit d'élire son maire. (...) Toute l'histoire de Lyon n'est qu'un dramatique débat entre la tyrannie et la liberté. J'en ai connu le plus récent épisode..." Extraits du livre "Jadis", écrit par Edouard Herriot, édité en 1948 chez Flammarion.
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