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Vestige insolite mais immuable de plus de trois siècles d'histoire locale, le Lyonnais lit toujours l'heure au clocher de la Charité... En 1531, une grande famine fait se réfugier à Lyon de nombreux démunis. Les habitants les secourent avec générosité et efficacité. Une efficacité telle que l'organisation ponctuelle devient, en 1534, institution permanente sous le nom d'Aumône générale. En 1614, celle-ci acquiert des terrains près de Bellecour. Trois ans plus tard, le 16 janvier, on pose la première pierre de l'hospice de la Charité. En 1665, l'architecte-sculpteur romain Gian Lorenzo Bernini, dit Le Bernin, est appelé à Paris par Louis XIV pour remodeler le Louvre. Il fait étape à Lyon et s'y arrête longuement de retour vers Rome. En 1667, le maître-maçon Jacques Abraham - compagnon surnommé " la Liberté " - élève un clocher à la chapelle de la Charité d'après, dit-on, les plans du Bernin. La conception de cet édifice ne laisse guère entrevoir le génie de l'auteur du baldaquin et de la colonnade de Saint-Pierre de Rome, mais il est vrai que, trop sollicité, il laissait parfois à des élèves ou à d'autres artistes la réalisation de ses esquisses. Trois siècles passent : Le Bernin ou non, charité ou pas, on décide de démolir la Charité, sa chapelle et son clocher, pour construire un Hôtel des Postes. Vaste projet confié à l'architecte Roux-Spitz. Les Lyonnais déplorent cette destruction et essayent de sauver la chapelle. En vain. Reste le clocher. Et là, les Lyonnais s'opposent, pétitionnent. En 1935, les titres des journaux se suivent et ne se ressemblent pas : pour les uns "Le clocher est définitivement condamné", pour d'autres "Le clocher est sauvé". Le maire Edouard Herriot a clos le débat en prononçant un jugement de Salomon : "Je ne crois pas que ce soit une question d'art. Mais il s'agit, comme on l'a dit, des visages de la ville. Cette haute silhouette relève un peu ce qu'il y a de rectiligne et de monotone dans toutes ces toitures de même niveau." Pourtant la querelle du clocher n'est pas terminée. En 1953, les cloches de la Charité sont fondues pour la basilique de Fourvière. Et dix ans plus tard, le clocher redevenu cible des urbanistes, est une nouvelle fois sauvé par son maire, Louis Pradel. En 1997, à la veille de l'an 2000, les rollers le contournent. Les retraités, les mères de famille, les amoureux et même les mordus du portable viennent s'asseoir près de lui. Immuable, symbole de solidité au cÏur de Lyon, son horloge est toujours à l'heure. Ici, hier et aujourd'hui cohabitent.
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