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Célébrité lyonnaise, l'homme de la roche trône depuis plus de quatre siècles dans un petit recoin de la balme du quai Pierre Scize. Aujourd'hui encore, difficile de faire la part des choses entre légende et réalité pour identifier formellement ce "bienfaiteur" anonyme.

Dès le XVIe siècle, la statue représente un "bienfaiteur" anonyme "sans doute" étranger à la Ville de Lyon. Pendant plus de trois siècles, la population du Bourgneuf allait ainsi honorer cet inconnu depuis toujours baptisé "le bon allemand" ou "homme de la Roche", certainement en raison de son emplacement dans les roches de la Balme. De nombreux témoignages insistent sur le fait que les habitants eux-mêmes avaient installé là une statue en bois de cet inconnu. Elle fut plusieurs fois remplacée pour cause de vétusté.

Le 24 juin 1820, alors qu'une nouvelle statue est inaugurée par les habitants en présence de la municipalité, un fait nouveau se produit. Ce jour-là, on parla de Kléberger et non de "l'homme de la Roche". Vite détériorée, cette version incita des Lyonnais à ouvrir une souscription. De nouvelle recherches avaient identifié Kléberger comme étant ce "bon allemand" bienfaiteur de Lyon, justifiant un nouveau monument conséquent, où les qualités de l'homme sans nom étaient ici vantées depuis longtemps. La Ville participe à la souscription. On confie à Bonnaire, dont l'atelier se situe quai Pierre Scize, le soin de sculpter en pierre de Cruas, un "Kléberger" digne du portrait que Dürer en avait fait en 1526. Le 16 septembre 1849, en grande pompe, on inaugure la statue de ce "bon allemand" habillé en gentilhomme du temps de François 1er. Kléberger venait d'éclipser "l'homme de la Roche"...

Kléberger est né à Nuremberg en 1485. Il y travaille dans la finance. Richissime, tout lui réussit sauf sa vie de famille. Accusé d'avoir empoisonné son épouse en 1530, il précipite son départ pour Lyon où il débarque en 1531. A la suite d'une épidémie de peste, les bourgeois de l'Hôtel-Dieu ouvrent cette année-là une souscription pour aider les enfants malheureux. Kléberger inscrit sur la première ligne "un marchand allemand, 500 livres" et gagne alors le surnom de "bon allemand" qui le suivra partout.

Il prête aux rois, il donne aux pauvres et gagne la réputation dans le Bourgneuf de "doteur" des filles en mal de mariage !

Le 11 décembre 1545, il fut nommé "conseiller échevin" de la Ville de Lyon et mourut l'année suivante. La légende ne s'envole que le 11 août 1842, lorsqu'une délibération du conseil municipal identifie formellement Kléberger comme étant ce "bon allemand". Légende ou pas, Lyon reste fidèle à quatre siècles d'histoire et à son célèbre "homme de la Roche". l

(Avec l'aimable contribution de Max Bobichon).



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